Hymne à Belle-Isle
Qu’elle sombre mon île Au sein de l’Atlantique Comme un brûlot Cette île de Guerveur Perle noire d’Armorique Reine de l’eau Un rempart de mazout La garde et l’environne Comme étouffée Une collante moisson Lui forme sa couronne Parure souillée. Qu’elle est sombre au printemps Quand l’aube orientale De sa noirceur envahit les coteaux D’une brume matinale Lourdes vapeurs. Nul ne songe à rêver Sur ses vertes collines Dans ses vallons Lorsque l’astre du jour S’englue et puis s’incline A l’horizon Qu’elle est sombre surtout Quand se meurt l’onde claire Miroir sans tain Quand l’océan se voile Nul reflet, nulle lumière Un monde éteint. A la plage, aux rochers S’enroule une ceinture Brun parement Un flot gras la caresse Et la vague est augure d’une fange grêlée. |
Mais qu’elle est sombre encore Quand la lame ne fume D’aucun courroux Mon île faiblissant Sous l’écœurante écume Prenant les coups Repoussants maux de mer A la côte sauvage Tristes accords Puis au large des nappes Grandissant avec rage De mille oiseaux morts. Je ne quitte des yeux La transhumance massive De ce goudron Dans l’air le guillemot Dit d’une voix plaintive Son oraison en face de la mer Sur la côte meurtrie Mon cœur fiévreux Rongé de songes noirs Et d’aigres rêveries implore les cieux. Je t’aime île chérie Qui malgré sa souffrance Son voile de deuil Se soumet sans un cri Et pleure en silence Ses beaux habits Cendrillon de Noël Qu’importe tes souillures Tu resteras Dans mon cœur la plus belle La plus vraie, la plus pure Justice viendra. |
michele.fily-cosquer @wanadoo.fr